Depuis sa création à Saint-Martin, Winair a contribué au développement du transport aérien régional, reliant les îles et les communautés des Caraïbes. Grâce à l'audace de ses pionniers, au dévouement de ses équipes et à sa capacité constante à se réinventer, la compagnie aérienne a surmonté les obstacles pour devenir un acteur incontournable du ciel caribéen.
Le 24 août 1961, un nouveau chapitre du transport aérien s'ouvrait dans le nord-est des Caraïbes : Windward Islands Airway, plus connue sous le nom de Winair, était fondée à Saint-Martin. À l'époque, la partie sud de l'île était l'un des cinq territoires des Antilles néerlandaises. Ce cadre institutionnel allait évoluer par la suite, le statut de l'île ayant changé en 2010 pour devenir un pays constitutif du Royaume des Pays-Bas.
L'ère des pionniers
Jusqu'en 1946, Saint-Martin dépendait entièrement du transport maritime pour ses passagers, son courrier et son fret. Progressivement, des pilotes pionniers ont ouvert la voie en assurant les premières liaisons aériennes avec les îles voisines. Il fallut cependant plus d'une décennie pour que les entrepreneurs prennent pleinement conscience du potentiel d'un service aérien régulier et structuré au départ de Saint-Martin.
Parmi ces pionniers figurait George Gréaux, originaire de Saint-Barthélemy, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Saint-Martin. Aux commandes d'un Cessna acheté par son père, il établit des liaisons régulières à travers le nord-est des Caraïbes. Au même moment, un autre natif de Saint-Barthélemy, Hippolyte Ledée, développait également des services aériens entre plusieurs îles de la région.
En 1960, l'ouragan Donna perturba leurs opérations et endommagea gravement leurs appareils. Cet événement marqua un tournant : les deux hommes s'associèrent et fondèrent Gréaux et Ledée Air Services (GLAS).
La naissance de Winair
Le succès de GLAS encouragea rapidement George Gréaux et Hippolyte Ledée à franchir une nouvelle étape. Ils entamèrent des discussions avec Norman « Chester » Wathey en vue de développer les services aériens dans la région. C’est finalement au Lido, un bar réputé de Philipsburg, capitale de Saint-Martin, que les trois entrepreneurs scellèrent leur accord et décidèrent de lancer Winair. Peu après, la jeune compagnie aérienne se présenta avec une promesse claire : « la compagnie aérienne idéale pour les voyages inter-îles ».
Dès ses débuts, Winair développa progressivement son réseau, reliant Saint-Barthélemy, Saint-Thomas, Saint-Kitts, Anguilla, la Guadeloupe et Saint-Santa. Le 18 septembre 1963, la compagnie franchit une étape importante en effectuant son vol inaugural vers Saba, devenant ainsi la première et la seule compagnie aérienne à assurer un service régulier vers cette île. Pour desservir les pistes particulièrement courtes de Saba et de Saint-Barthélemy, Winair avait besoin d’avions capables de décollages et atterrissages courts (ADAC). La compagnie commença ses opérations avec le Dornier Do-28, parfaitement adapté à ces conditions.
En 1965, le groupe acquit ce qui allait devenir l’avion emblématique de la compagnie, le de Havilland Canada DHC-6 Twin Otter. George Gréaux se souvient parfaitement de son impression lors du Salon du Bourget. « J’ai su que c’était l’avion idéal pour notre compagnie. Je n’ai pas hésité et j’ai signé sur-le-champ. »
Un homme au cœur de l’histoire
Le capitaine Pipe, surnom affectueux donné à José Dormoy, fut le premier pilote à temps plein de la compagnie. Au fil des ans, il totalisa en moyenne 150 heures de vol par mois, atteignant un impressionnant total de 37 000 heures, dont 18 000 sur Twin Otter.
Son expertise fit de lui, à l’époque, le seul pilote en qui la reine Juliana des Pays-Bas, puis la reine Beatrix, avaient confiance pour se rendre à Saba. La reine Juliana lui décerna l’Ordre d’Orange-Nassau, une distinction rare généralement réservée aux Néerlandais, bien que le capitaine Pipe fût français. Une distinction incontestable, compte tenu des nombreuses vies qu’il sauva tout au long de sa carrière, toujours prêt à intervenir, de jour comme de nuit, en cas d’urgence.
Croissance et structuration
Dans les années 1970, Winair a étendu son réseau régional, exploitant un Fokker Fairchild F-27 vers San Juan, la Guadeloupe, la Martinique et Sainte-Lucie. À cette époque, les vols vers San Juan étaient particulièrement fructueux, la ville servant de plaque tournante majeure pour American Airlines, reliant les États-Unis au reste des Caraïbes. Cette situation s'est maintenue jusqu'en 1974, date à laquelle la guerre du Moyen-Orient, la hausse des prix du carburant et l'introduction de vols directs depuis les États-Unis vers Saint-Martin et d'autres destinations ont rendu la liaison vers San Juan moins pertinente.
En 1976, le gouvernement des Antilles néerlandaises a reconnu la nécessité d'assurer un service aérien fiable entre les îles, et Winair est passée du statut de compagnie privée à celui de compagnie publique.
Au cours des années suivantes, Winair a traversé des périodes difficiles, mais a toujours su se redresser. Dans les années 1980, la compagnie s'est concentrée sur le développement de partenariats et d'accords de partage de services, au bénéfice des passagers.
Tout au long de l'histoire de Winair, le dévouement, la passion et la fierté de ses employés sont restés constants. Chaque défi a été relevé avec résilience, l'adaptabilité a été essentielle et l'abandon n'a jamais été une option.
Art Issue #17 FR