Président du conseil de surveillance de Winair de 2011 à 2023, Georges Alain Gréaux est aussi le fils de l’un des fondateurs de la compagnie au sein de laquelle il a grandi. By Agnès Monlouis-Félicité
Président du conseil de surveillance de Winair de 2011 à 2023, Georges Alain Gréaux est aussi le fils de l’un des fondateurs de la compagnie au sein de laquelle il a grandi.
By Agnès Monlouis-Félicité
Du Piper Apache des débuts aux De Havilland Twin Otter et ATR d’aujourd’hui, Winair a exploité au fil de ses 65 années d’existence une variété d’appareils, dont le Beechcraft Twin Bonanza, le Dornier DO-28, le Britten-Norman Islander, le Fokker Fairchild F-227 ou encore le Piper Chieftain.
Winair - Vous avez rejoint la compagnie juste après la dissolution des Antilles néerlandaises le 10 octobre 2010. Comment décririez-vous cette période ?
Georges Alain Gréaux - Comme de véritables montagnes russes ! Lorsque j’ai rejoint le conseil de surveillance, l’entreprise se trouvait dans une situation précaire. Mais avec une nouvelle équipe dirigeante (Michael Cleaver comme CEO et Roberto Gibbs comme CFO) et grâce à un important travail de restructuration et de redressement, Winair renouait avec les bénéfices dès 2012. La compagnie a ensuite consolidé sa situation financière et développé ses capacités opérationnelles afin d’envisager son expansion.
Nous étions passés du mode crise au mode croissance lorsqu’en 2017 l’ouragan Irma détruisit le siège de Winair et l’aéroport de SXM. Malgré l’ampleur du choc, la compagnie a démontré sa résilience. L’expansion engagée notamment grâce aux partenariats avec Air Antilles a permis de continuer pendant que les marchés régionaux historiques, également touchés, se réorganisaient.
En 2019, Winair a enregistré un chiffre d’affaires record de 40 millions de dollars et s’apprêtait à dépasser ce chiffre… jusqu’à l’arrêt brutal lié au Covid. En mars 2020, en quelques jours, la compagnie est passée de revenus records à zéro revenu et zéro vol. Il a fallu revenir en mode survie, prendre des décisions difficiles et préparer la reprise.
Le 23 août 2023, lorsque j’ai quitté le conseil de surveillance, Winair était plus solide que jamais financièrement, remboursait ses prêts, exploitait ses propres ATR et poursuivait son expansion sur des lignes insuffisamment desservies. Au cours de ces 12 années comme président, j’ai surtout été profondément enrichi par le plus grand atout de Winair : ses employés. J’ai également apprécié la qualité des relations entretenues avec les actionnaires et mes collègues du conseil.
Winair - Bien avant d’y siéger, l’entreprise faisait déjà partie de votre vie, à travers votre père Georges Emilien Gréaux. Au-delà du travail, pourriez-vous nous parler du lien plus intime que vous entretenez avec Winair ?
GG - Les racines de mon père sont à Saint-Barthélemy et il a connu les débuts pionniers de l’aviation dans la région. Son premier avion était un Cessna 152 qui utilisait la piste en herbe mise à disposition par la famille Lédée. À l’époque, il fallait éviter les arbres à l’approche et parfois même faire dégager les moutons de la piste avant d’atterrir.
Après l’ouragan Donna en 1960, qui détruisit son premier avion ainsi que celui d’Hyppolite « Faustin » Lédée, ils s’associèrent avec l’homme d’affaires saint-martinois Chester Wathey pour créer Windward Islands Airways, devenue ensuite connue sous le nom de Winair. Mon histoire commence avec Rémy de Haenen, tombé follement amoureux de ma tante. Ils se marièrent et, alors qu’ils géraient l’hôtel Eden Rock, ma mère vint les aider et rencontra mon père. Ils tombèrent amoureux, se marièrent puis s’installèrent à Saint-Martin.
Je suis né peu après en Martinique, mais j’ai grandi à Saint-Martin. Vers l’âge de 7 ans, il arrivait qu’après l’école on me dépose chez ma baby-sitter préférée : Winair. J’étais très autonome. Je cherchais un avion prêt à partir et demandais au pilote si je pouvais embarquer sur le siège du copilote — les vols étaient alors assurés par un seul pilote. À cette époque, chaque arrivée à Saint-Barth ou dans les petites îles était un véritable événement pour les habitants.
Il m’arrivait d’apercevoir mon grand-père ou un oncle à l’aéroport et de décider de rester avec eux quelque temps. Le pilote prévenait alors simplement mon père par radio de l’endroit où je me trouvais. D’autres fois, je voyageais seul avec Air France ou LIAT pour rendre visite à ma famille en Martinique et, si je repérais un avion Winair lors d’une escale à Pointe-à-Pitre par exemple, je courais voir le pilote pour rentrer en “stop aérien”. L’un d’eux était le légendaire José « la pipe » Dormoy.
Winair - Avec cette vision allant des débuts de la compagnie jusqu’à son histoire plus contemporaine, diriez-vous qu’elle a relevé son défi ? Qu’est-ce qui a changé ou perduré dans son ADN ?
GG - Il faut vraiment mesurer les défis que Winair a traversés durant ses 65 années d’existence — tout en accomplissant chaque jour sa mission la plus précieuse : transporter ses passagers en toute sécurité. Le bilan de sécurité de la compagnie est irréprochable. Les bases actuelles sont suffisamment solides pour permettre à Winair de poursuivre sa quête d’excellence et de s’adapter aux futures évolutions technologiques du secteur.
Ce qui a évolué au fil des années, ce sont les réglementations destinées à renforcer la sécurité et la sûreté du transport public aérien, obligeant des compagnies comme Winair à améliorer constamment leurs opérations afin de répondre aux attentes des passagers. Un exemple de ce qui perdure: les atterrissages à Saint-Barth ou à Saba qui impressionnent les internautes sur les réseaux sociaux, mais cela fait 65 ans que les pilotes de Winair réalisent ces approches spectaculaires. Par ailleurs, la compréhension fondamentale selon laquelle l’entreprise existe grâce à ses clients est profondément ancrée dans la culture de l’organisation.
Winair - Un mot personnel pour conclure ? Par exemple sur des personnes qui vous ont marqué?
GG - Je serai éternellement reconnaissant envers Mike Ferrier de m’avoir recruté au conseil de surveillance. Cela a ravivé ma passion d’enfant pour l’aviation et m’a permis, adulte, de mieux comprendre l’héritage laissé par mon père. J’ai grandi en connaissant beaucoup des figures emblématiques comme Chester Wathey ou Faustin Ledee qui, tout comme mon père, ont contribué au développement de Saint-Martin et des îles voisines.
J’apprécie aujourd’hui encore davantage ces pionniers de leur époque. Le capitaine Faustin Ledee nous a malheureusement quittés récemment. J’ai été profondément ému d’assister à son dernier voyage à bord d’un avion Winair vers Saint-Barth, où il repose désormais. Enfin, mon apprentissage de l’aviation n’aurait jamais été complet sans l’apport de tant de personnes au sein de l’entreprise, et je les remercie profondément pour cela. Aujourd’hui, je suis fier d’être un ancien de la famille Winair et je regarde avec enthousiasme l’avenir et le développement futur de la compagnie !
Art Issue #17 FR