Présentée du 9 mai au 1er août 2026, l’exposition « Martinique, cartographies intimes » réunit des artistes martiniquais qui content leur île à travers leurs souvenirs, leurs questionnements, leurs engagements et leurs imaginaires. Sous le commissariat de Karine Taïlamé, les œuvres partagent au musée du Wall House différentes manières de ressentir, d’habiter et d’aimer la Martinique. By Agnès…
Présentée du 9 mai au 1er août 2026, l’exposition « Martinique, cartographies intimes » réunit des artistes martiniquais qui content leur île à travers leurs souvenirs, leurs questionnements, leurs engagements et leurs imaginaires. Sous le commissariat de Karine Taïlamé, les œuvres partagent au musée du Wall House différentes manières de ressentir, d’habiter et d’aimer la Martinique.
By Agnès Monlouis-Félicité
Comment raconter la Martinique sans la réduire à une carte postale, à un paysage ou à une succession de repères géographiques ? C’est le défi relevé par « Martinique, cartographies intimes », présentée au musée territorial du Wall House à Saint-Barthélemy du 9 mai au 1er août 2026. Sous le commissariat de l’artiste Karine Taïlamé, l’exposition rassemble vingt-cinq créateurs dont les œuvres composent une traversée sensible de l’île, nourrie de mémoires, d’expériences vécues et de récits personnels.
Cette pluralité constitue la véritable richesse de l’exposition. « Proposer une cartographie intime, c’est refuser une lecture unique du Territoire. La Martinique est envisagée comme un récit multiple nourri de cultures amérindiennes, africaines, indiennes, chinoises et européennes », souligne la commissaire. La sélection réunit des figures majeures de la création martiniquaise et caribéenne. Les caravelles de Victor Anicet interrogent les héritages historiques; les photographies sous-marines de Carole Assier de Pompignan révèlent la richesse des fonds marins; Jocelyne Béroard dévoile pour la première fois une œuvre photographique consacrée à Jacob Desvarieux. D’autres explorent la féminité, la transmission, le corps ou le rapport au vivant.
Deux années de préparation ont été nécessaires pour donner forme à ce parcours. Au cœur de la réflexion se trouve une feuille de caladium. Avec ses couleurs changeantes et ses nervures contrastées, cette plante tropicale, surnommée « la palette du peintre », est devenue l’emblème de l’exposition. « À travers elle, on découvre la carte de la Martinique, traversée par toutes ces singularités », explique Karine Taïlamé. La scénographie reprend le dessin des nervures. Le parcours se déploie progressivement à travers différentes cartographies — historiques, géographiques, psychiques ou liées au vivant — et fait apparaître une Martinique multiple.
Si elle a imaginé l’architecture de l’exposition, Karine Taïlamé y participe également comme artiste. Formée aux Ateliers de Sèvres à Paris, diplômée des Beaux-Arts de Martinique, de la Villa Arson à Nice et de la Haute École de Joaillerie d’Aix-en-Provence, elle développe depuis plus de vingt ans une pratique nourrie par les questions de mémoire, de territoire et de relation au vivant. Son œuvre présentée au Wall House est consacrée aux fleurs médicinales de Martinique et aux savoirs ancestraux qui leur sont associés. « À la manière d’Hitchcock, j’apparais dans cette exposition », sourit-elle. « Mais, de l’intime au collectif, j’aime ce dépassement de ma propre subjectivité pour accueillir d’autres voix. »
Pour Karine Taïlamé, l’enjeu dépasse la simple découverte artistique. « J’espère avant tout que les visiteurs seront touchés au niveau du cœur. » Elle souhaite également que chacun découvre une Martinique moins connue, faite d’histoires personnelles, de symboles et d’émotions. Saint-Barthélemy sera peut-être la première escale de cette exposition mettant en partage les richesses intimes de la Martinique.
Art Issue #17 FR